Stéphanie Roland
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STÉPHANIE ROLAND | VERSION AUGMENTÉE

Visuel issu du Magazine de Saison « augmenté » du Centre ABSYS - Saison « Futurs spéculatifs » - édition 2. 
 

Chaque édition d’ABSYS est augmentée de contributions d’artistes invité.e.s à présenter une œuvre.

Démarche

Les systèmes complexes des sociétés occidentales créent, à travers leur fonctionnement, des zones ambiguës où s’opère une confusion entre réalité et fiction. Cette notion de fiction se trouve au cœur du travail conceptuel de Stéphanie Roland. L’artiste s’intéresse tout particulièrement aux entités immatérielles, invisibles et négatives directement générées par notre système et dont elles font partie intégrante et l’influencent. Son travail questionne les possibilités de représenta-tion de ces fantômes de la civilisation occidentale. Des produits financiers aux îles fantômes, ou des listes noires d’aviation au Deep web, Stéphanie Roland s’emploie, dans un jeu de dialectique entre présence physique et immatérialité, à incarner ces phénomènes cachés.

Ces narrations contemporaines appellent une approche multidisciplinaire et une grande variété de média : photographie, vidéo, sérigraphie, lumière, sculpture, installation, son, nouvelles tech-nologies. Son usage d’encres thermochromiques, de papiers spéciaux et de découpes laser ainsi que ses expérimentations autour de la projection lumineuse, favorisent la création d’une expé-rience perceptive singulière pour le visiteur, en revisitant le format d’exposition et son protocole. Dans cette apparente diversité, le questionnement de l’image demeure le fil conducteur ; ses installations révèlent à différents niveaux son aspect spectral et sa disparition potentielle.

Projet en cours au Fresnoy

Passionnée depuis longtemps par la géographie alternative et imaginaire, elle explore plus par-ticulièrement les paradoxes et enjeux des îles fantômes. Une île fantôme est une île dont l’exis-tence, admise et mentionnée sur des cartes pendant un certain temps (parfois des siècles), en a été ensuite retirée parce qu’il a été prouvé qu’elle n’existait pas. De nombreuses causes peuvent expliquer ces fictions géographiques : intérêts géopolitiques et économiques, copyright cartogra-phique, rumeurs, mèmes, hoax, légendes, etc. 

Pour son projet au Fresnoy – Studio national des arts contemporains, elle se concentre sur Po-desta Island, l’une des dernières îles fantômes contemporaines, qui apparaît toujours sur Google Earth à l’époque actuelle. Juste un point annoté, sans territoire physique. Petit point perdu au milieu de l’océan. Or de nombreuses sources se contredisent depuis un siècle quand à son exis-tence et, malgré leur niveau avancé de technologie, les institutions géographiques n’ont pas de réponse unique face à cette question, d’apparence fort simple. En parallèle de cette incertitude géographique, se développe une autre incertitude émanant de personnes qui auraient perdu leur proches sur Podesta Island et demanderaient à la NASA de réaliser une vue satellite de l’île. L’île fantôme de Podesta existerait selon Google Earth.
L’île fantôme de Podesta n’existerait pas selon Wikipédia.
L’île de Podesta existe-t-elle vraiment ?
Podesta Island est un film hybride, entre documentaire et fiction, réel et virtuel, qui explore les informations, récits et narrations autour de cette île. Il confronte différentes sources afin de res-tituer une réalité complexe et fragmentée : contenus collaboratifs, communiqués d’agences de presse, journaux de bords intimes, témoignages, faits divers, légendes, etc. La caméra ici s’ins-pire des techniques de visualisation des logiciels de cartographie contemporains, elle utilise les mêmes automatismes de prises de vue que pour des logiciels de modélisation 3D, dans laquelle la caméra peut se placer partout. À la fois, la cartographie nous promet l’omniscience de la connaissance, mais paradoxalement elle fragmente nos perceptions et notre appréhension de la réalité. Comment appréhender la réalité et ses différents niveaux dans une ère de «Post-Vérité» ? Dans un monde hyper-connecté et exhaustivement cartographié, existe-il encore des zones in-connues ? Ce projet célèbre la beauté du doute systématique, des inconnues et du mystère. 

No treasure but hope.

Septembre > Décembre
Stéphanie Roland

Stéphanie Roland (1984, bruxelles) est une artiste visuelle qui a étudié la communication visuelle à l’ENSAV - La Cambre (Bruxelles) et les arts médiatiques à l’UDK - Universität der Künste (Berlin), dans la classe de Hito Steyerl et Thomas Arslan. Régulièrement, elle participe à des jurys artistiques et donne des conférences sur sa pratique ; elle a été, entre autres, conférencière pour TEDxBrussels en 2018. Elle réalise en ce moment un post-diplôme au Fresnoy - studio national des arts contemporains.

Elle expose régulièrement son travail à un niveau international, ses projets ont été présentés dans des institutions majeures telles que le Musée du Louvre, le Musée Benaki (GR), le Botanique (BE), le MOPLA (US), la Biennale Internationale d’Art de Kampala et Bozar (BE). Les Rencontres Internationales Paris/Berlin, Breda photo, Belfast Photo Festival, Manifesto (FR), Encontros da imagem (PRT) et Unseen (NL) font également partie des festivals dédiés à la photographie et à la vidéo auxquels elle a pris part. En 2017, elle est sélectionnée pour faire partie de l’exposition collective du pavillon de l’Antarctique lors de la 57e biennale de Venise.

Elle a reçu un grand nombre de prix et de bourses, notamment la bourse de la Fondation de la Vocation, le prix Médiatine (public) et le Full Contact Award du Festival International de Photographie SCAN de Tarragone. Elle a également été nominée pour le prix HSBC photographie, le prix Oskar-Barnack Leica, Le Grand Prix Images du festival de Vevey, le Salomon Foundation Award et le Prix Jeunes Artistes de la FWB.

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