Anne-Frédérique Fer France Fine Art / Frank Lamy

PORTRAITS Frank Lamy & Julien Blanpied

La 25ième heure de la Saison 2020#Futurs spéculatifs du CWB/Paris >>>>>>> fait écho depuis le début de la période de confinement aux programmations que le Centre a du différer. Dans sa version "interviews/portraits" , elle sonde et met en évidence les complices avec lesquels notre saison se déploie - tel un rhizome - en dehors de nos murs.

____________________________Interview 4: Frank Lamy & Julien Blanpied - Commissaires de la première exposition monographique signée Brognon Rollin "L’Avant – dernière version de la réalité" - produite par le MAC VAL avec le soutien notamment du BPS22 - du Centre & de Wallonie-Bruxelles International

____________________________En satellite à l'exposition du MAC VAL Musée d'Art Contemporain du Val-de-Marne, le Centre expose une oeuvre signée David Brognon & Stéphanie Rollin: "NOUS ALLONS OBSERVER UNE MINUTE DE SILENCE" (2016) - Installation néon bleu -

« Une minute fugace et solennelle dont la permanence est aujourd’hui insoutenable. »

Comment s’est opérée la rencontre avec Brognon Rollin?

JB : Mon premier souvenir d’œuvres du duo, in vivo, c’était à l’exposition "L’Ordre des Lucioles", 17ème Prix d’Entreprise Fondation Ricard, en 2015, à la Fondation d’Entreprise Ricard à Paris (Commissaire : Marc-Olivier Wahler). Ils y présentaient "Cosmographia" (Gorée). J’étais stupéfait par le storytelling de la pièce. Le minimalisme auquel les artistes étaient parvenus pour rendre compte de leur projet de tentative de faire le tour d’une île, prison à ciel ouvert, et d’en retranscrire les limites. Plus tard, dans le cadre de nos missions au musée, nous avons fait une visite d’atelier et Frank m’a proposé de travailler ensemble sur le projet.

FL : C'est en 2014 lors de l'exposition "Sleeping in a city that never wakes up" au FRAC Poitou-Charentes que j'ai rencontré le travail de Brognon Rollin. Un proche qui avait visité cette exposition avec son père ancien gardien de prison me l'avait signalée. Puis des œuvres sont entrées dans la collection du MAC VAL. Nous nous sommes rencontrés "en vrai" en 2018 lors de la préparation de l'exposition collective "Lignes de Vies".

Qu’est-ce qui a motivé « l’urgence » de produire cette première exposition monographique muséale ?

JB : Aucune urgence.
En revanche, la période inédite que nous vivons actuellement en confinement donne un nouveau relief à l’exposition, c’est certain. C’est complètement nouveau cette expérience de la durée imposée à une grande partie des humains sur terre. Autant dire que la visite de l’exposition risque de stimuler beaucoup les personnes qui ont vécu cette période.

FL : Ce duo n'avait pas encore bénéficié d'une exposition monographique dans un musée. Julien a raison. L'exposition résonne particulièrement en ce moment. Il y est beaucoup question d'enfermement. Ce qui n'est pas sans ironie car elle est actuellement fermée, en conséquence de la pandémie. Nous allons la prolonger et cela nous donnera un point d'ancrage artistique pour penser et panser ensemble ce gigantesque trauma collectif.

Comment avez-vous opéré la sélection des œuvres ?

JB : Il y a bien sûr des grands sujets qui sont traversés par les artistes (le mythe de Sisyphe, le temps et la durée, le conditionnement, l’enfermement…) que nous voulions mettre en perspective en montrant des œuvres de périodes différentes et avec des médias très différents. L’envie de voir des séries complètes réunies, également (table de shoot, Status quo nunc, Cosmographia...), l’occasion unique de montrer les œuvres dans un contexte
«optimal », l’opportunité de réaliser de nouvelles productions (Bracelet de Sophia, 24H SILENCE, There’s somebody carrying a cross down). Les artistes avaient des idées sous le coude en arrivant au musée, et c’est tant mieux. Quel plaisir de travailler sur la production de nouvelles œuvres, d’être aux côtés d’artistes pour la naissance de leur projet. En revanche, les contraintes de l’espace, du nombre de boîtes vidéo que nous avions de disponible par exemple, nous ont amenés à renoncer à certaines pièces. A choisir.

FL : L'exposition s'est construite dans un dialogue à quatre voix. Une exposition, ce sont toujours des choix, des renoncements. C'est une négociation avec la réalité qui a sa dynamique propre et singulière.

Qu’est-ce qui constitue selon vous les traits de distinction de la démarche de Brognon Rollin?

JB : Compliqué de résumer une pratique si dense…. Je dirai La question du temps est nodale, et particulièrement son appréhension psychologique ; la négociation avec le réel, le facteur humain et…. le mythe de Sisyphe qui est un personnage récurrent de l’œuvre de BR.

FL : Brognon Rollin a une manière bien particulière de concentrer des expériences humaines complexes, des tranches de vie longues, des aventures diverses dans des objets extrêmement sobres et en dialogue avec l'histoire de l'art en général. Les objets œuvres, les expositions, possèdent à la fois des qualités plastiques et formelles autonomes et sont dans un même temps des condensés et des tremplins à histoires pour élaborer de nombreuses versions de la réalité.

La 25ième Heure
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