PORTRAIT Pascal Neveux

La 25ième heure de la Saison 2020#Futurs spéculatifs du CWB/Paris >>>>>>> fait écho depuis le début de la période de confinement aux programmations que le Centre a du différer. Dans sa version "interviews/portraits" , elle sonde et met en évidence les complices avec lesquels notre saison se déploie - tel un rhizome - en dehors de nos murs.

____________ Interview 3: PASCAL NEVEUX - Directeur du Frac Provence-Alpes-Côte d'Azur qui en cette saison 2020, au sein du 3e plateau du FRAC, programme une exposition augmentée et vivante du livre éditée en 2018 "ATLAS DE NUIT" de la chorégraphe Maïte Álvarez _du 6 juin au 13 septembre 2020. Dans ce livre, Maïte Álvarez nous fait « remonter aux origines de la chorégraphie pour y voir une forme de cosmogonie du monde. Mettre à distance la choré de la graphie, pour comprendre ce qui les met en tension. Pour saisir la nature de l’espace entre ». De ce point de départ éditorial, l’exposition s’articule comme les chapitres d’un atlas vivant, prenant la forme de deux installations/performances : STELLA & Sismographies. Cette programmation constitue l'un des volets de la Saison Parallèle / Marseille 2020 du Centre Wallonie-Bruxelles/Paris implémentée sur Marseille avec le soutien de Wallonie-Bruxelles International.

____________ATLAS de Nuit, comme une invitation à hybrider les humains & non-humains...

____________Un entretien de Maïté Alvzarez menée par Sylvia Botella sera à découvrir dans le magazine du Frac
« Ce même monde » n°5 de juin à septembre 2020

- Comment se structure l'action du Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur, entre acquisition, diffusion et médiation ?

Le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur, à l’instar des 22 autres Frac présents en France aujourd’hui, organise son activité autour d’un projet artistique et culturel, généralement triennal, qui permet d’articuler ses missions et de définir sa ligne artistique. Ce projet artistique et culturel oriente les grands enjeux de ses choix de programmation d’expositions et d’événements, tout comme d’enrichissement de sa collection par des acquisitions régulières.

Le projet artistique et culturel du Frac s’intitule « la fabrique du récit » et pose comme préambule la nécessité de pouvoir proposer de nouveaux récits de notre société en offrant à des artistes d’horizons différents de nous livrer leur vision du monde que nous partageons. Foncièrement ancré dans des pratiques transversales, pluridisciplinaires et expérimentales, le Frac se positionne comme une plateforme ressource ouverte à tous les compagnonnages, à la fois de production, de diffusion et de médiation.
Les missions d’acquisition, de diffusion et de médiation constituent le socle fondateur de l’aventure des FRAC depuis 35 ans. Initialement, nos structures partagent toutes la même feuille de route, cependant la diversité de nos profils, de nos parcours universitaires et professionnels font que chaque Frac est différent, qu’aucun projet artistique et culturel n’est identique. Cette diversité fait la richesse de nos institutions, qui se réinventent en permanence à l’échelle de leurs territoires et avec une grande liberté de programmation.

- Sur un territoire comme Marseille, l’action du Frac a-t-elle à s’engager d’une manière spécifique ?

Un Frac installé dans la deuxième ville de France doit obligatoirement s’adapter à son territoire et à un écosystème culturel spécifique. Il ne s’agit pas d’être la énième structure culturelle de ce territoire mais bien de pouvoir s’engager en complémentarité aux côtés et avec les autres acteurs tout en cultivant la singularité de nos missions. Il s’agit également de favoriser la diffusion de notre collection au plus près de tous les publics et d’imaginer notre présence dans tous les quartiers, aussi bien au cœur des établissements scolaires que dans les médiathèques, les entreprises, les hôpitaux, les services pénitentiaires. C’est un engagement de tous les instants et une attitude militante qui nous anime au quotidien et qui nous permet de promouvoir et de soutenir les artistes tout en nous situant sur des enjeux de médiation, non pas pour convaincre de l’intérêt de telle ou telle démarche mais pour développer notre curiosité et notre esprit critique et générer ainsi du débat, du dialogue.
Marseille est un formidable territoire pour développer notre projet car c’est une ville laboratoire à ciel ouvert où tout s’imagine, se construit et se déconstruit au fil du temps dans une économie maximale de débrouille et de moyens. Marseille impose une ouverture sur le monde comme aucune autre ville en France. C’est une situation énergisante et usante à la fois. Rien n’y est jamais acquis et c’est certainement une donnée qui fait qu’aujourd’hui nombreux sont les artistes à vouloir s’y installer dans la postérité de ceux, nombreux, qui ont ici forgé l’histoire de la modernité et de l’art contemporain. L’intranquillité génère de l’énergie et impose de se remettre en cause en permanence avec beaucoup d’humilité. Marseille concentre également des foyers intellectuels d’une grande richesse et sans frontières. Ville et un territoire sont ici façonnés par de multiples paradoxes et une sociologie où la précarité extrême cohabite avec la richesse bien qu’elle demeure invisible aux yeux du plus grand nombre.

- Si la mission du Frac est évidemment régionale, quels sont vos liens avec les territoires de création étrangers ?

La dimension régionale d’un Frac ne repose que sur sa situation géographique. Dès leur création, les Frac ont eu pour mission de s’inscrire aussi bien sur un territoire ouvert à l’international qu’en région. C’est aussi l’héritage des lois de décentralisation qui ont vu au début des années 80 les régions se doter de structures culturelles visant à favoriser la rencontre entre les publics et la création contemporaine internationale dans ses multiples expressions.
Une ville monde comme Marseille offre un formidable potentiel de dialogue et permet assez facilement de construire un regard prospectif tournée vers le monde. Marseille est à la fois au cœur de l’Europe, un balcon sur la Méditerranée et reste en connexion avec tous les continents.

Dans cet univers mondialisé si singulier, il devenait primordial de développer un projet artistique qui permette d’élaborer une programmation d’expositions thématiques et monographiques offrant à des artistes français et étrangers une première exposition à Marseille et en France d’envergure, de Yazid Oulab à Hans Op de Beeck, en passant par Claude Lévêque ou Maya Dunietz.
En s’installant dès 2013 dans les pas d’Ulysse pour Marseille-Provence Capitale européenne de la Culture avec le projet « Ulysses » qui fédéra plus d’une centaine de partenaires, ce fut l’occasion d’inviter plus de 150 artistes dont Barthélémy Toguo, Mona Hatoum ou Ghada Amer. Nous construisions déjà les fondations d’un projet ouvert à l’international.

Les Saisons culturelles nous ont aussi permis d’imaginer des projets en lien avec notre collection. Ce fut le cas avec la Corée, la Colombie ou l’Argentine mais aussi avec la Suisse, la Belgique, l’Espagne, l’Italie au gré des projets et des partenariats établis. L’organisation prochaine de Manifesta 13 à Marseille, et pour la première fois en France, résonne aussi comme une invitation au voyage et à l’altérité.

- Comment les choix de programmation du Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur s'opèrent à l'intérieur de cette action et - dans ce contexte - comment ces choix se sont orientés vers le travail de Maité Alvarez - créatrice encore toute jeune basée à Bruxelles ?

Notre installation en 2013 dans un nouveau bâtiment, qui est un formidable outil, nous a permis de développer et d’affirmer notre désir de devenir un véritable lieu ressource, une plateforme de production, de diffusion mais aussi un lieu de résidences ouvert à tout type de partenariat. Le fait de disposer de plusieurs plateaux nous a conduit à inviter un grand nombre de structures pour accueillir leur propre programmation, tout autant que générer des invitations communes tout en nourrissant notre programmation culturelle et événementielle très importante.

Les partenariats engagés avec le festival de Marseille, le FID, ActOral, Opera Mundi, les Beaux-Arts de Marseille et bien d’autres encore sont le reflet de cette écoute et de cette invitation permanente offerte aux acteurs culturels de tout horizon. Un autre élément, structurel cette fois-ci, a été fondamental dans l’élaboration de la programmation : il s’agit de notre orientation sur l’édition avec une formidable collection de livres et d’éditions d’artistes que nous avons installé au 3ème plateau depuis 2013. Cela a donné la possibilité à de nombreux artistes et commissaires d’investir cet espace et d’appréhender ce fonds tout à fait exceptionnel. C’est dans ce cadre particulier que la démarche artistique de Maïte Álvarez a revêtu un intérêt tout particulier, au croisement du livre et de la performance, rejoignant de la sorte notre projet artistique et culturel autour de la fabrique du récit. Nous avons souhaité programmer en 2020, dans le contexte de Manifesta 13, cette proposition à l’initiative de l’équipe en charge du 3ème plateau. Ce sera également l’occasion pour notre public de découvrir l’univers de cette artiste et de programmer plusieurs de ses performances pour la première fois à Marseille.

- Qu’est ce qui a vous a semblé « urgent » dans la démarche de l’artiste justifiant sa programmation ?

La justesse du propos au cœur de problématiques sociétales et écologiques qui trouvent un écho très fort avec nos collections, bien avant la crise sanitaire que nous connaissons aujourd’hui. La nécessité d’être à l’écoute de notre monde, de se retrouver dans un projet artistique pluriel où ses performances, les traces de ses performances et ses vidéos vont nous inviter à repenser notre rôle et notre responsabilité dans les espaces individuel et collectif du quotidien. Le parcours de Maïte Álvarez s’installe également au croisement de la chorégraphie et des arts graphiques, sa façon de concevoir ses chorégraphies comme des espaces d’écriture, où l’acte performatif, ses installations et le livre sont au même niveau. Sa démarche tout à fait singulière souligne les multiples dimensions de l’écriture, qui devient tour à tour un corps en mouvement, une archive ou un écrit. Les correspondances dans son travail entre danse et graphisme ne pouvaient que résonner avec notre collection de livres. Mais Il est aussi question de corps, d’espace vital et de cohabitation.

La 25ième Heure
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