L. CASTEL & M. MAHOUDEAU
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L. CASTEL & M. MAHOUDEAU | VERSION AUGMENTÉE

Dans les années 1960, dans le petit village de Salau (Ariège), à la frontière espagnole, des investis-seurs s’intéressent à une montagne et aux métaux qu’elle abrite. Quelques années plus tard, cette idée porte ses fruits et la mine voit le jour en 1971. Salau et ses alentours vivent alors un bel essor économique. Des HLM ( photo ci-jointe ) ainsi que des chalets de haut standing sont construits pour accueillir mineurs et cadres de l’exploitation, une école ouvre ses portes, les cafés se rem-plissent. Très vite des mineurs du nord de l’Afrique, d’Espagne et du nord de la France affluent dans la région pour une place dans cette nouvelle industrie qui offre pour l’époque un confort écono-mique certain.

« Il y avait quand même ici 150 familles, 300 personnes qui vivaient dans ces immeubles ou dans le village. Ils vivaient entre eux, ils avaient le même patron et adhéraient au même syndicat pour lutter contre le même patron. Ils étaient très très bien payés à l’époque, j’ai enten-du dire qu’ils touchaient jusqu’à 20 000 francs par mois ! » - Jacques Renoud, adjoint au maire et co-fondateur de l’association Stop Mine Salau.

Au début des années 80 la Chine s’industrialise et devient un concurrent de taille. Elle regorge en effet de ce minerai lourd, au coût d’exploitation très compétitif voire imbattable par rapport à l’ex-traction du tungstène français. Dans le même temps Annie Thébaud-Mony (sociologue de la santé), et son mari Henri Pezerat (chercheur au CNRS) arrivent sur place suite à l’appel des syndicats s’in-quiétant des symptômes contractés par leurs collègues liés à la possible présence d’amiante sur le site.

C’est en 1986 que la mine ferme, laissant derrière elle une région bouleversée d’un point de vue économique, social et écologique. « Dès que ça a fermé, il y a eu une dispersion des populations locales, ceux qui étaient assez jeunes ils ont été travailler ailleurs ou on perdu le régime minier et sont rentrés dans le régime général. Donc à partir de là on n’a pas eu de suivi et on n’a jamais fait d’études épidémiologiques sur la population dans la vallée. Cette population est partie. Les mineurs partants, les familles sont parties avec ». - Madeleine Audouard, ex-infirmière de la mine de Salau. La vallée se vide de ses habitant.e.s. La sociologue et le chercheur ont à peine le temps de faire re-connaitre 5 mineurs comme victimes de maladie professionnelle. Salau devient un village fantôme. Selon son maire, Henry Richl, le village passe de 350 habitant.e.s à moins d’une dizaine en quelques mois. À plus large échelle, c’est toute une région qui est touchée par la désertification démogra-phique et le chômage repart à la hausse. L’école doit fermer ses portes, les cafés aussi et les ap-partements des mineurs sont mis en vente.

En 2015, Emmanuel Macron est secrétaire d’État à l’économie et un nouveau projet voit le jour: la relance de l’activité minière. Les politiques l’appelleront « le renouveau minier ». Cette fois ci la mine serait « propre et durable » et les déchets nocifs pour l’environnement seraient traités.

Les habitant.e.s sont divisé.e.s. Certain.e.s sont nostalgiques de cette époque minière fructueuse, d’autres craignent un nouveau bouleversement. La question de la réouverture fait naître un conflit plus global au cœur duquel s’affrontent deux visions du territoire : entre natifs de la région et néo-ruraux, entre écologistes et pro-emplois. C’est une région où gronde un conflit permanent ; un climat étrange et tendu s’est installé dans le village de Salau. 

Septembre > Décembre
Lucas Castel et Mathilde Mahoudeau

Lucas Castel et Mathilde Mahoudeau sont deux photographes formés au sein de l’école d’art de l’image Le Septantecinq. Leur collaboration est née d’un intérêt commun pour le territoire impacté par des projets industriels ou immobiliers. D’un terrain vague à Calais destiné à recevoir un parc d’attraction ou une région, celle de Huy (Belgique, province de Liège), habitée par 3 réacteurs nucléaires les deux photographes se sont interrogés sur le bouleversement qu’un espace et une communauté peuvent vivre à travers des décisions soit politiques et/ou économiques.

Après 3 années d’études les deux auteurs ont eu la volonté de collaborer sur un projet commun. « Nous avons décidé de travailler lentement avec un appareil photographique nous imposant un rythme. L’argentique moyen format s’est parfaitement agencé à cette démarche. La lenteur de la prise de vue induite par ce médium s’ajuste avec nos images contemplatives. Il était également important d’apposer deux regards sur un cadre, nous avons donc décidé d’utiliser un seul appareil photo. Discuter le cadre et la force symbolique des images nous a mis en garde contre des raccourcis trop rapides au sujet de cette problématique complexe. » Le projet s’est agencé autour des acteurs de la région qui ont été enregistrés dans l’objectif d’en créer une pièce sonore prenant place en exposition ou sous forme de podcast, le travail reste en cours. « Nous sommes arrivés sur place avec un numéro de téléphone, celui de l’adjoint au maire. Au fur et à mesure, en totale immersion, nous avons rencontré les maires et mairesses, l’ex-infirmière, un mineur, un éleveur de brebis ou encore le rédacteur en chef du magazine régional. Nous nous entretenions avec eux, nous enregistrions et puis nous demandions pour prendre une photographie. En dehors de nos rendez-vous nous explorions le territoire, nous marchions des heures en montagne et essayions de traduire la complexité de cette problématique dans nos paysages ».

Au cours de leur projet Mathilde et Lucas ont eu la chance d’être acceptés tous les deux en classe international à l’Université de Hanovre (Hochschule Hannover, Media information und design) en section documentaire-photo. C’est là bas qu’ils ont pu réfléchir à l’histoire qu’ils voulaient raconter et également accueillir les premiers regards et critiques sur le projet.

En février 2020 Deuxième saison a été exposé à Bruxelles pour l’exposition Médiatine où ils ont reçu le Prix de la Ville de Bruxelles leur offrant une exposition d’un mois à La Centrale for Contamporary Art à Bruxelles, un réel tremplin pour l’art émergent.

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