IRINA FAVERO-LONGO
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IRINA FAVERO-LONGO | VERSION AUGMENTÉE

LA NICHE

La Niche est un dispositif vidéo pensé pour accueillir le corps.

Son volume, construit sur le modèle de l’abri pour chien, est une extension de la pratique vidéo. Elle transpose l’image vidéo en espace physique, en partant de concepts comme le cadre, le champs, le format vidéo pour créer un volume, des formes, de la matière. Elle est aussi un outil pour filmer, pour fixer la caméra. « Ça pourrait être un clocher, la caméra pourrait être la cloche »*. Des groupes sont invités à s’allonger, passer leur têtes dans La Niche et expérimenter cet espace vidéo qu’est l’intérieur du cadre comme espace à habiter, par la discussion et la construction d’une réflexion collective. « On remplit l’espace mentalement »*. Une réflexion horizontale naît dans un espace verticale. Têtes à l’intérieur, corps à l’extérieur, l’idée se monte d’un côté comme de l’autre.

À l’intérieur, dans l’espace délimité du champ, se construisent la discussion et la rencontre, se condensent les idées. À l’extérieur, dans le hors-champ, le corps est étendu. D’un côté comme de l’autre la partie du corps absente est rendue visible, dedans par une tête qui parle de son corps, dehors par un corps qui formalise la pensée par le geste. On observe visuellement les effets de la pensée qui se construit. La parole se répartit, s’organise, s’accumule, dessine des allers et des retours, se contracte, rebondit aux quatre coins de l’espace intérieur.

Dans ce laboratoire d’expérimentation des outils de construction de l’image vidéo mais aussi des modes de discussions, le corps, les sensations, l’intime qui agissent en hors-champ sont finalement au centre du débat. 

Les discussions dans la Niche partent toutes du désir de construire des ponts et des images col-lectives. Chacune part d’un endroit qui la mène ailleurs. Elles sont nourries par la digression qui permet d’ouvrir le cadre. Le terrain au départ déterminé devient de plus en plus étendu et méta-morphe. On y parle d’architectures et de nos relations étroites avec elles, on y aborde des pensées métaphysiques, des fantasmes sexuels ou sentimentaux, on monte des théories et on construit à plusieurs des définitions organiques de mots « assis », on fait de l’expérience physique un point de départ à la connaissance, on réaménage le contexte.

Les termes discutés sont piochés dans le champ lexical vidéo et concernent le dispositif lui-même. En confrontant ces termes techniques à d’autres contextes, ils sont notre base pour bâtir de nouvelles images et un nouveau savoir. Une cadreuse de cinéma qui filme en plongée rencontre un plongeur sous-marin et une femme responsable de la plonge dans un restaurant. Comment sé-duit-on un bâtiment, comment il ou elle nous séduit ? Que représente la profondeur d’un champ, qu’elle soit numérique, agricole ou spirituelle ? Quelles sont les architectures qui nous reviennent sans cesse, ayant élu demeure dans la pensée collective ? 

La discussion est le seul élément qui, dans la Niche, construit la narration, l’action et la composition de l’image dans un cadre stricte. « C’est un espace ordinaire dans lequel se passent des choses extraordinaires »*.

La Niche est la nouvelle pièce d’Irina Favero-Longo.

Le projet à été soutenu par la Fondation Privée du Carrefour des Arts où l’artiste fut en résidence en 2018-2019, puis par l’escaut architectures, coopérative d’architectes basée à Bruxelles. Les images de la vidéo La Niche ont été tournées dans leurs locaux en octobre-novembre 2019. Le travail de l’artiste défend une mixité des média et des points de vue, par une pratique polymorphe qui utilise la vidéo, l’installation et la performance. Il met en avant la perception de l’oeuvre par plusieurs niveaux et couches de lecture. En partant de la vidéo comme médium de prédilection et en y injectant sont goût pour la sculpture elle expérimente, toujours dans de nouvelles formes, un aller-retour entre deux et trois dimensions, mise en volume et aplatissement.

Elle joue avec les codes de la vidéo qui peuvent être à la fois déclencheurs ou aboutissement d’une forme visuelle, plastique et spatiale. Le corps y est en relation étroite avec les structures et installations qu’elle crée : il les complète, les pénètre, les subit ou les habite. Le travail d’Irina Favero-Longo questionne la construction de l’image et l’adhérence d’un corps avec son environnement, la manière dont il l’absorbe, est absorbé, résiste ou en est rejeté. Le contexte ainsi que la physiqualité induits par le dispositif qui agit sur ces rapports y sont sans cesse mis en lumière.
 

Septembre > Décembre
Irina Favero-Longo

Irina Favero-Longo est née à Paris en 1991 et vit à Bruxelles depuis plu-sieurs années. Après avoir été diplomée de l’ENSBA Lyon, option Art, en 2014, elle continue son cursus artistique à l’ERG dont elle sort diplômée en 2018 du master Pratique de l’art outils critiques.

En 2019, elle est lauréate du Prix Médiatine, distinguée par le prix Cocof, pour son travail d’installation vidéo. Elle continue à exposer son travail après avoir obtenu plusieurs résidences à Bruxelles. En juin 2019, Elle est invitée à l’exposition des Prix Médiatine au Centre Culturel Wallonie Bruxelles | Paris. En parallèle de sa pratique personnelle elle s’associe avec quatre artistes pour fonder en 2018 le collectif Catapulte, ce qui lui permet d’approfondir collectivement ses expérimentations sur le contexte de l’exposition et développer l’aspect performatif et multi-morphe de son travail.

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