Entretien avec Simon Thomas

Quand on découvre le titre de la pièce, on peut penser que le spectacle raconte l’histoire d’un assaut militaire. Qu’en est-il ? Pourquoi ce référentiel ?  

Simon Thomas (S.T) : Alors j’ai plusieurs réponses à la question du titre, en général je donne celle qui va avec mon humeur…

A. On avait envie de trouver un nom de spectacle percutant. Très vite on a pensé à quelque chose de martial voire militaire. Char d’assaut, bim.

B. J’aime l’idée qu’on s’attende à un combat armé, voire à un spectacle politique sur le désarmement. C’est un spectacle qui joue beaucoup avec les attentes du spectateur, donc si ça commence déjà avec le titre, c’est tant mieux.

C. On peut dire que Char d’assaut est une pièce dont les deux personnages, Tristan et Marceline, livrent un combat métaphorique contre la mélancolie et contre la question absolue du « pourquoi sommes-nous ».
 

Pourquoi prendre le parti pris d'un plateau entièrement nu ? Comment avez-vous appréhendé l’enjeu de l’espace au sein du projet ?

S.T : Alors j’ai plusieurs réponses pour la question de l’espace, en général je donne celle qui va le plus avec mon humeur…

A. Je suis très sensible à la simplicité.

B. L’espace est un peu le troisième acteur. Je ne dis pas ça en général, mais spécifiquement dans ce spectacle. On se retrouve plusieurs fois (en tant que spectateur) en train de dialoguer avec l’espace vide, amenant à des moments insolites et/ou d’introspection. [Cette réponse-ci semble plus floue mais devient très concrète quand on voit le spectacle.]

C. Opter pour peu d’éléments permet de mettre en évidence les choix : des personnages aux figures dessinées, des dialogues, du vide. Cela permet aussi un degré d’abstraction.
 

Quelles sont vos sources d’inspiration ? 

S.T : J'aime beaucoup tout ce qui joue malicieusement avec notre conception, notre perception, et attente des choses comme les livres d'illusions visuelles ou ce livre que j'ai acheté récemment et qui me fait beaucoup rire: "Découvrez le livre le plus ennuyeux du monde qui n'est ni intéressant ni stimulant ni intéressant, mais vous saoûle d'informations inutiles et vous endort en quelques lignes."

Puis des livres questionnant le pourquoi être en vie, comme "De l'inconvénient d'être né" de Cioran et "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" de Stig Dagerman dont je fais directement référence dans le spectacle.


Après ce sont surtout des bandes dessinées d'humour noir comme Bunny Suicides ou bien des cartoons comme Rick & Morty et Adventure Time, qui mettent en place des mondes décalés où tout est possible.


Mais il y a aussi The Witness, un jeu vidéo où l'on ne fait qu'errer sur une île très colorée, en résolvant des énigmes. Sur l'île, on reste seul du début à la fin et la résolution finale ne nous amène... qu'au début du jeu. Le tout est donc une grande boucle. On ne sait pas du tout dans quel ordre résoudre, ni où aller, il n'y a aucun indice sur qui nous sommes ou sur le pourquoi de cette résolution incessante d'énigmes. Génial et angoissant...

Ou la beauté et la froideur des ambiances esthétiques du jeu Inside !

Ou ce sketch des Monty Pythons où l'on interview "l'homme qui contredisait tout le temps" et qui répond dès la première phrase "Mais je ne contredis pas les gens !"

Ou Calvin & Hobbes !

Entretien réalisé par Danièle Vallée – mai 2020