BE GOOD, IF YOU CAN'T BE GOOD, BE GOOD AT IT, Boom Boom Boom Boom

Rebecca Jane Arthur / Eva Giolo

Sur la base d’un échange de lettres, deux artistes en résidence à l’Atelier Cinéma du GSARA et au studio de production du Centre Vidéo de Bruxelles (deux ateliers de production cinématographique soutenus par la Fédération Wallonie-Bruxelles) se consacrent pendant un an à l’écriture et à l’élaboration d’un film documentaire. Ensemble, Rebecca Jane Arthur et Eva Giolo échangent des correspondances sur l’image en mouvement, sur les thèmes de leur travail et sur leur processus de création. Partant de la question générique « Qu’est-ce que faire du cinéma ? », Rebecca Jane Arthur et Eva Giolo proposent une conversation intitulée Like a woman. Dans leur pratique, elles partagent des préoccupations communes : le portrait, la famille, les rôles de la femme dans la sphère privée et sociale, l’émancipation, la communication, la connexion et la déconnexion. 

 

Dans leurs derniers films (Liberty: an ephemeral statute pour Rebecca et A Tongue Called Mother pour Eva), elles questionnent respectivement leur « chez soi » et initient une conversation avec leur mère, qui les confronte à leurs rôles de femmes et de réalisatrices. 
Bien que liés, les films des deux cinéastes se concentrent sur des récits différents. Tandis que l’une pointe les structures sociopolitiques qui ont façonné la vie d’une jeune femme (éducation et système social), l’autre observe l’héritage culturel et corporel (le langage et les gestes). L’une réalise une œuvre à partir de récits et de chansons, l’autre se penche sur les aspects physiques et l’apprentissage d’une langue - la langue maternelle - à travers le corps. 

Cette Conversation est l’occasion pour Rebecca et Eva d’interroger et de confronter leurs pratiques quant aux processus de production.  Elles confrontent leurs points communs, leurs différences et créent des liens avec le travail d’autres cinéastes, penseuses et penseurs, féminins et féministes. 

Les artistes Rebecca Jane Arthur et Eva Giolo ont rassemblé leurs correspondances sur l'acte d'écrire et l'acte de faire du cinéma, dans toute sa complexité, ses luttes et son ludisme. BE GOOD IF YOU CAN’T BE GOOD BE GOOD AT IT Boom, Boom, Boom, Boom est le titre de leur publication, aboutissement de l’échange des lettres, des notes, anecdotes, annotations, traductions, scripts, dessins, photos et images. Le livre est réalisé en collaboration avec la graphiste Caroline Wolewinski.

CORRESPONDANCE - EXTRAITS

Extraits de BE GOOD, IF YOU CAN’T BE GOOD, BE GOOD AT IT Boom Boom Boom Boom de Rebecca Jane Arthur et Eva Giolo (2019-2020). 
'On Confessions and Fiction’ Essai de Rebecca Jane Arthur 
 

Dear Eva, 

My last writing, and filmmaking, has come directly from that sanctuary we call home and from those that inhabit it still. Home, to me, is that space in which you absorb everything, especially the ephemeral: the smell, the noise, the atmosphere. That place in which words stain you more than any other place in the world, especially if they are spilt out by your parents. The heaviest strainers of them all, like red wine, oil or coffee. What they say, no matter how much you grow or how far away you reside, seems to stick and not rub or scrub off. I guess they could feel this too when I speak—maybe. Certainly when I write. It’s the ‘black art’, as Anne Sexton wrote in her poem of the same name. Words stain the page. 




 

Miniatures Essai de Eva Giolo 


Rebecca, 
 

MAISON
 

Nous parlons souvent de l’amour que nous portons aux lieux mais rarement de l’amour qu’ils nous ont donné. Ces lieux, espaces familiers, nous offrent une sorte de continuité, ils détiennent une partie de nos vies, ils restent vivants et connectés à ce que nous avons été. Je me rappelle de toutes les maisons dans lesquelles j’ai habitées. Certaines m’ont été douces, d’autres moins. Certaines ont été mon refuge lorsque je suis arrivée dans des villes et des pays que je ne connaissais pas encore. Je me rappelle de cette maison quand j’étais enfant. La maison des mes grands-parents, maison de vacances en Gaume. Cette maison était un terrain de jeux pour mon imagination et détient encore aujourd’hui les souvenirs d’une époque particulière de ma vie, les souvenirs de mon enfance et de mon adolescence. 
 

Te la décrire, ce serait te la faire visiter. 
 

Je ferme les yeux. A l’extérieur, j'entends le bruit du gravier pour arriver devant la porte d’entrée, le bruit de la serrure et de cette porte qui cale parce qu’elle n’ouvre qu’à moitié. En hiver, il y a l’odeur du chauffage électrique et du feu ouvert. Cette maison a l’odeur du souvenir. Elle est immobile. Elle m’attend.