© Arnold Grojean

ARNOLD GROJEAN | VERSION AUGMENTÉE

C’est en 2008, qu’animé par la découverte d’autres cultures, je décide de m’envoler au Mali et au Sénégal, pour la première fois. Le Mali a été pour moi une révélation si bien que ma passion pour la culture Ouest Africaine ne me quittera plus jusqu’ à ce jour. Très vite, j’y suis retourné pour réaliser mes différents travaux photographiques au cours de mon cursus à l’Ecole Supérieure des Arts de l’image « LE75 ». J’y ai, entre autre, réalisé un projet photographique de long terme avec les enfants des rues de Bamako « KOUNGO FITINI (Problèmes mineurs) », donnant vie à dix livrets résultants d’ateliers photographiques menés avec les enfants des rues et de portraits nocturnes que j’ai réalisé sur leur lieu de vie.

Ce projet est mon travail de fin d’étude et a été récompensé par le prix Roger De Conynck en 2015, ainsi que par le prix Médiatine 2017 et le prix Contretype 2018. Il a été exposé plusieurs fois à Bruxelles et Paris, notamment à la Galerie Fait&Cause et au Centre Wallonie-Bruxelles.

Lors de mon premier voyage au Mali, j’y ai découvert le Pays Dogon, haut lieu sacré de l’Afrique de l’Ouest. Depuis ce moment, chaque année, je pars voyager au Mali où je suis en immersion au sein de cette culture, qui est source d’inspiration. L’animisme, ses croyances et ses pratiques n’ont cessé de me fasciner et ce, depuis mon premier voyage, et ont donné lieu à des recherches approfondies sur les acteurs du monde de l’invisible au Mali. Le milieu des sociétés animistes traditionnelles est très secret, tabou et censuré, et je me rapproche de celui-ci depuis des années. Cette approche dépasse la simple prise de clichés en vue de la production d’une série artistique, elle consiste
à aller à la rencontre de ce monde : celui des chasseurs, des féticheurs, des antiquaires, des marchands d’objets rituels, des marabouts. Ces rencontres me permettent
de comprendre peu à peu la signification des objet sacrés, à reconnaître leur appartenance ethnique, à décoder leurs symboles, reconnaitre leur l’âme. L’approche d’une thématique est pour moi, avant tout, un moyen d’enrichir mes connaissances d’une réalité différente de celle qui m’a été transmise et d’élargir ainsi mon spectre de compréhension du monde.

Lorsque je suis en Europe, je réalise des essais photographiques avec des modèles que je rencontre. Dans ces séries, je cherche surtout à photographier le corps et à observer son interaction avec la nature.

Le médium de la photographie est, pour moi, un intermédiaire entre le monde intérieur et extérieur. Il est un outil de façonnement du regard sur le présent, mais aussi un outil de rituel jouant le rôle de facilitateur dans une perception du tangible et de l’invisible.

Dans mon approche photographique, réaliser le portrait d’un sujet ne dépend qu’en faible partie de l’instant décisif auquel déclencher l’obturateur, mais plutôt de la concentration dans laquelle cette démarche nous induit.

J’envisage le moment photographique comme une sorte de danse au cours de laquelle l’environnement tend, petit à petit, à se dissiper, où l’on se laisse devenir plus sourds au monde et où le temps se concentre, autant que possible, pour nous laisser entrevoir une forme de silence. Lorsque cet état est atteint, l’appareil photographique prend, à mon sens, une place de médium, et l’image produite, celle de trace.

01 janvier 2019 > 31 mai 2021
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