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Nuestras Madres, un film de César Diaz

Rendez-vous des auteurs

(Belgique/France/Guatemala – 2019 – 1h17 – VO stf.) 1er film.

Magritte du meilleur premier film 2020.
Prix SACD de Semaine de la Critique Cannes 2019.
Caméra d’or Festival de Cannes 2019.
Rail d’or des cheminots cinéphiles SIC 2019.
Représente la Belgique à l’Oscar du film étranger 2020.


 

Guatemala, 2018. Le pays vit au rythme du procès des militaires à l’origine de la guerre civile. Les témoignages des victimes s’enchaînent. Ernesto, jeune anthropologue à la Fondation médico-légale, travaille à l’identification des disparus. Un jour, à travers le récit d’une vieille femme, il croit déceler une piste qui lui permettra de retrouver la trace de son père, guérillero disparu pendant la guerre. Contre l’avis de sa mère, il plonge à corps perdu dans le dossier, à la recherche de la vérité et de la résilience.

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Avec la Caméra d’or attribuée à Nuestras Madres au Festival de Cannes 2019, César Diaz permet à la Belgique de figurer pour la deuxième année de suite à ce palmarès, après Girl de Lukas Dhont, Caméra d’or du Festival de Cannes 2018.

​Ces deux jeunes cinéastes belges succèdent à Jaco Van Dormael, qui a reçu la Caméra d’or au Festival de Cannes 1991 avec Toto le héros. Ils témoignent de la diversité et de l’originalité de la production du cinéma belge contemporain !

Eléments sur l’histoire contemporaine du Guatemala.

Le 29 décembre 1996, le président Alvaro Arzu et les dirigeants de la guérilla de l'Union révolutionnaire nationale guatémaltèque, dont son chef Rolando Moran, signent, à Guatemala, un accord de paix qui met fin à trente-six ans d'une guerre civile qui a fait plus de cent mille morts. Entamées en 1991, les négociations en vue de la résolution du dernier conflit d'Amérique centrale s'étaient accélérées depuis l'élection du président Arzu en janvier. La cérémonie se déroule en présence de nombreux dirigeants et délégations nationales, ainsi que du secrétaire général de l'O.N.U.. L'accord reconnaît les Indiens Mayas – qui constituent plus de la moitié de la population – comme des citoyens à part entière ; il prévoit la distribution de terres aux petits paysans, une réforme fiscale, la réduction d'un tiers des effectifs des forces armées ainsi qu'une amnistie des délits liés au conflit et non imprescriptibles – point le plus controversé du texte.

Le 26 décembre 1999, Alfonso Portillo, candidat du Front républicain guatémaltèque (F.R.G., droite) de l'ancien dictateur Efrain Rios-Montt, remporte le second tour de l'élection présidentielle, avec 68,3 % des suffrages. Il était opposé au candidat du Parti de l'avancée nationale (P.A.N., droite) au pouvoir, Oscar Berger. Le candidat de gauche n'avait pas franchi le premier tour, le 7 novembre.

Le 28 décembre 2003, le candidat conservateur de la Grande Alliance nationale, Oscar Berger, ancien maire de la capitale, remporte le second tour de l'élection présidentielle avec 54,1 % des suffrages, face à Alvaro Colom, candidat de l'Unité nationale de l'espérance (centre droit). Le taux de participation s'élève à 45,8 %. Oscar Berger ne dispose pas de majorité au Parlement.

Le 4 novembre 2007. Le candidat social-démocrate Álvaro Colom, un chef d'entreprise, remporte le second tour de l'élection présidentielle avec 52,8 % des suffrages. Il était opposé au général à la retraite Otto Perez Molina, candidat de la droite. Le scrutin se déroule dans le calme, après une campagne électorale meurtrière. Il marque le premier retour de la gauche au pouvoir depuis le coup d'État orchestré par les États-Unis contre le président Jacobo Arbenz en juin 1954.

Le 6 novembre 2011. Le général de réserve Otto Pérez Molina, candidat du Parti patriotique (droite), remporte le second tour de l'élection présidentielle avec 53,7 % des suffrages, devant son adversaire, l'homme d'affaires Manuel Baldizón, candidat du parti Lider (droite populiste). Le taux de participation est de 60,8 %. Aucun candidat social-démocrate ne participait au scrutin à la suite du rejet par la Cour suprême de la candidature de Sandra Torres, épouse du président social-démocrate sortant Álvaro Colom.

Des organisations de défense des droits de l'homme accusent Otto Pérez Molina d'avoir commis des exactions au cours de la guerre civile – il est l'un des signataires des accords de paix en 1996.

Le 10 mai 2013, l'ancien dictateur Efraín Ríos Montt est condamné à quatre-vingts ans de prison pour génocide et crimes de guerre pour sa responsabilité dans le massacre en 1982-1983, durant la guerre civile, de près de mille huit cents Indiens Ixil, accusés de soutenir les guérillas de gauche.

Le 20 mai 2013, la Cour constitutionnelle annule le jugement pour non-respect des droits de la défense et ordonne la reprise du procès.

Le 1er septembre 2015, le Parlement vote à l’unanimité la levée de l’immunité du président Otto Pérez Molina qui est suspecté d’avoir dirigé un réseau de fraude douanière. La vice-présidente Roxana Baldetti, démissionnaire depuis mai, avait été arrêtée en août dans le cadre de la même affaire. Les deux dirigeants étaient la cible d’un vaste mouvement de protestation anticorruption depuis la révélation du scandale en avril. L’instruction de l’affaire a été menée avec l’aide de la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala, une instance créée par l’O.N.U. pour lutter contre le crime organisé actif jusqu’au sein de l’État.

Le 3 septembre 2015, Otto Pérez Molina, contre qui la justice a émis un mandat d’arrêt la veille, présente sa démission. Il est incarcéré.

Le 6 septembre 2015, le comédien Jimmy Morales, candidat du Front de convergence nationale (F.C.N., droite) arrive en tête du premier tour de l’élection présidentielle avec 23,9 % des suffrages.

Il est élu à la présidence le 25 octobre 2015.

Entre le 11 et le 20 septembre 2017 manifestations hostiles au président Jimmy Morales qui est soupçonné de financement illégal de sa campagne pour l’élection présidentielle d’octobre 2015.
Le 27 avril 2018, la Chambre pénale d’appel du canton de Genève condamne l’ancien chef de la police du Guatemala Erwin Sperisen, de nationalité guatémaltèque et suisse, à quinze ans de prison pour complicité dans l’exécution de sept détenus de la prison de Pavón, proche de Guatemala City, lors de deux opérations de police, en 2005 et 2006. En septembre 2017, le Tribunal fédéral avait cassé un précédent jugement qui condamnait Erwin Sperisen à la prison à vie pour assassinats.

Le 11 août 2019, Alejandro Giammattei, candidat du parti Vamos (centre droit), remporte le second tour de l’élection présidentielle avec 58% des suffrages. Il était opposé à Sandra Torres, candidate de l’Union nationale de l’espérance (UNE, centre gauche). Le taux de participation est de 40,4 %.

Ancien directeur de l’administration pénitentiaire, accusé d’exécutions extrajudiciaires par la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG) mise en place en 2007, Alejandro Giammattei a effectué dix mois de détention préventive en 2010 avant d’être libéré faute de preuves. Il confirme que le mandat de la CICIG, qui s’achève début septembre, ne sera pas renouvelé. Destinée à combattre la corruption et le crime organisé, cette commission mise en place sous l’égide de l’ONU a fait condamner de nombreux responsables politiques, mettant notamment en accusation, en 2017, le président sortant Jimmy Morales. En janvier, ce dernier avait mis fin à la mission de la CICIG et avait expulsé son président.

Le 2 septembre 2019, Sandra Torres est arrêtée dans le cadre d’une enquête engagée par la Commission contre l’impunité et le ministère public, qui avait été suspendue pendant la durée de la campagne présidentielle. Elle est accusée de financement illicite de son parti lors de l’élection présidentielle de 2015.

Générique

Scénario et réalisation : César Diaz. Image : Virginie Surdej. Son : Vincent Nouaille, Gilles Benardeau,

Emmanuel De Boissieu. Montage : Damien Maestraggi. Musique : Rémi Boubal.

Interprètes : Armando Espitia, Emma Dib, Aurelia Caal, Julio Serrano Echeverría, Victor Moreira.

Distribution France : Pyramide (sortie nationale : 8 avril 2020).

Production

Production : Need Productions (B),Perspective Films (F), Proximus (B), Cine Concepcion (Guatemala), avec le soutien du CCA, Proximus, Eurimages, Aide aux Cinémas du Monde du CNC et de l’Institut Français, Inver Tax Shelter, Tax Shelter du Gouvernement Fédéral Belge, SACEM.

30 mars 2020 20:00
Salle de cinéma
46 rue Quincampoix
75004 Paris

Entrée : 5 €
Tarif réduit : 3 €

César Díaz
Entretien avec César Diaz

Nuestras Madres existe grâce à une production européenne…
Oui, il s’agit d’une coproduction entre la Belgique et la France. J’ai la double nationalité, guatémaltèque et belge et c’est important pour moi que la Belgique ait soutenu ce film. J’étais aussi attaché à la France où j’ai passé un an à l’atelier scénario de la Fémis. Les deux productrices, Géraldine Sprimont côté belge et Delphine Schmit côté français, ont l’habitude de travailler ensemble et c’est ainsi qu’est né notre trio. Elles avaient une réelle motivation à travailler avec l’Amérique Latine et ont toutes les deux participé au workshop PUENTES d’EAVE. Au fil des commissions, le film a trouvé le soutien des fonds belges, français et européens et celui d’un vendeur international et distributeur français, Pyramide. Je pense qu’au-delà du langage cinématographique, Nuestras Madres défend aussi une certaine idée des droits de l’homme et de la justice dans laquelle les commissions se sont retrouvées. Je pense que c’est intéressant de comprendre comment nos sociétés en Europe évoluent et se transforment, et pour moi le fait que la Belgique et la France aient soutenu un film tourné au Guatemala et en espagnol montre aussi comment on peut intégrer les personnes sans pour autant effacer leur différence.

Comment est né Nuestras Madres  ?
Je faisais des repérages pour un film documentaire dans un village qui s’appelle Uspantan, et qui fut victime d’un énorme massacre durant la dictature militaire. J’étais venu recueillir les paroles d’une famille qui avait survécu à ce drame. Dans la tradition orale indienne guatémaltèque, on doit dire les choses pour qu’elles existent. Quand un nouveau venu arrive dans un tel village, on lui raconte ce qui s’est passé sur les lieux mêmes, pour que ça ne s’oublie jamais. Il est projeté dans l’intimité d’une histoire qui peut être très violente. Les témoignages de ces villageois m’ont bouleversé et j’ai eu envie d’en faire un film et de parler de l’Histoire du Guatemala avec un grand H.

D’un point de vue plus personnel, j’ai longtemps pensé que mon père était un disparu politique, un guérillero à l’époque la plus dure de la dictature, entre 1978 et 1984. Un jour, j’ai réuni tous ses amis lors d’une soirée pour qu’ils me parlent de lui et j’ai constaté que beaucoup de faits ne collaient pas entre ce que ma mère m’avait raconté et ce dont ils se souvenaient. Je me suis dit que ma mère m’avait menti et me suis inventé plein d’histoires : qu’elle avait été arrêtée, violée, j’imaginais les souffrances qu’elle aurait pu traverser. J’ai fini par me confronter à elle et il s’avère que j’étais le fruit d’une histoire plus ordinaire, moins violente mais douloureuse, qui m’a évidemment marqué et défini. J’ai donc eu envie d’explorer avec ce film le parcours personnel et émotionnel d’un personnage dans lequel je me retrouve également.

C’est un film résilient…
Je suis bouleversé par la force des survivants du génocide guatémaltèque. Quand on écoute ce qu’ont vécu les femmes que j’ai filmées, on se dit qu’il y aurait de quoi perdre le goût de vivre. Mais elles continuent à aller de l’avant. C’est une immense leçon.

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