Lendemains incertains

Histoire d’une haine manquée & Lendemains incertains

Eddy Munyaneza

Dans le cadre du Mois du film documentaire 2020

Histoire d’une haine manquée, un film d’Eddy Munyaneza, 
(Burundi – 2010 – 26 min. – VO stf.)
 

Ce court métrage documentaire raconte l’histoire de son auteur, réalisateur et producteur Eddy Munyaneza. Au moment où les burundais essayent de laisser derrière leurs dos un lourd passé tragique caractérisé à plusieurs reprises par les conflits ethniques (Hutu et Tutsi) qui ont endeuillé des milliers de burundais, Eddy nous y replonge encore une fois, comme pour nous dire qu’un peuple sans passé clair est un peuple sans avenir. Comme il le dit lui-même: « Tous les burundais ont une histoire à raconter. Tous ont vécu un jour la guerre, la haine, l’amour, la faim, la misère ».
 

D’un côté, ce film relate une exception (qui confirme la règle) des temps durs, mais aussi contredit la version officielle et généraliste à la portée du monde entier. Ce n’est pas vrai que tous les tutsi ont tué les hutus comme non plus tous les hutus n’ont pas tué les tutsi. La preuve nous est fournie par Eddy Munyaneza en personne. Ainsi en 1993, alors que la guerre fratricide entre hutus et tutsis faisait rage au Burundi, des hutus ont sauvé de la mort leurs frères tutsis et des tutsis ont fait de même pour leurs frères hutus. Eddy et ses frères réchappent d’une mort certaine, aidés par leurs voisins hutus.
 

Ce film est un hymne à la fraternité et le symbole d’une cohabitation réussie. En attendant la mise en place des mécanismes de justice transitionnelle (tribunal pénal international et ou la commission nationale pour la vérité et la réconciliation) qui devront établir les faits, la responsabilité de chacun déterminant qui est victime et qui est bourreau, ce film nous relate un petit épisode que si elle s’était répétée à grande échelle, le Burundi n’aurait pas perdu un si grand nombre de ses enfants.
 

Suivi de 
 

Lendemains incertains, un film d’Eddy Munyaneza
(Burundi/Belgique/France – 2018 – 1h09 – VO stf.)
 

Burundi, avril 2015. Les manifestations contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza rassemblent de milliers de personnes dans les rues de Bujumbura. Un coup d’état manqué plonge davantage le pays dans la répression et les violences. Des familles entières fuient le pays.
Eddy, réalisateur, filme les manifestations, puis les premières exactions et les victimes. Son engagement artistique et social fragilise son couple, disloque sa famille, qui décide de partir sans lui au Rwanda. Face à la violence qui gagne du terrain, il sera lui aussi contraint de fuir son pays.
Réfugié au Sénégal, loin des siens, il entame un long voyage intérieur, pris dans les images et les souvenirs de la crise qui secoue le Burundi.
 

Neuf mois plus tard, il part à la recherche de ses enfants au Rwanda. De part et d’autre de la frontière, il rencontre celles et ceux qui sont restés au Burundi ou ont choisi le chemin de l’exil. Leurs récits, souvent fragmentaires et brutaux, témoignent d’une grande incertitude…


 

Production

Lendemains incertains
Coproduction : Neon Rouge Production, VraiVrai Films, Traces du Sud, Grand Lacs TV, TV Rennes 35 Bretagne, RTBF, avec la participation du CNC, de la Région Nouvelle-Aquitaine, du département de la Charente-Maritime, de la Procirep-Société des producteurs et de l'Angoa, de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

09 novembre 2020 18:00

Histoire d’une haine manquée, un film d’Eddy Munyaneza, 
(Burundi – 2010 – 26 min. – VO stf.)

Lendemains incertains, un film d’Eddy Munyaneza
(Burundi/Belgique/France – 2018 – 1h09 – VO stf.)

Réservation dans la limite des places disponibles et dans le respect des normes sanitaires. Port du masque obligatoire.

Salle de cinéma
46 rue Quincampoix
75004 Paris

Tarifs : 5€, 3€ (réduit)

Rencontre avec Eddy Munyaneza

Françoise Wallemacq (RTBF, La Première) a rencontré Eddy Munyaneza en décembre 2018, un cinéaste burundais qui a dû fuir son pays après avoir réalisé Lendemains incertains, un documentaire sur les événements de 2015, sur ces manifestations contre le président Nkurunziza, accusé de s'accrocher au pouvoir, des manifestations qui ont tourné au bain de sang.
 

Plus de 300 morts, des centaines d'arrestations, les médias indépendants fermés, 400 000 Burundais ont dû fuir leur pays. Eddy a trouvé refuge en Belgique, où il a demandé l'asile politique. Sa femme et ses trois enfants, eux, sont au Rwanda.
Perdre son pays, sa famille, ses racines, ce sont parfois les lourdes conséquences d'un tel engagement: "Quand on commence à faire un film comme ça, explique-t-il,  je ne savais pas comment l'histoire allait se terminer en 2015. On a commencé à filmer les manifestations. Ce n'était pas moi seul, c'était un groupe de cinéastes, un groupe des journalistes, mais on ne savait pas comment l'histoire allait se terminer. Il y a des gens qui croyaient que la révolution allait gagner, qu'on allait mettre dehors le président".

La peur était pourtant bien présente: "Beaucoup de mes amis ont détruit les rushes. Ils ont jeté les disques durs parce qu'ils avaient peur. Si la police arrive chez toi et qu'elle trouve des disques durs qui contiennent ces images des manifestations, tu risquais la mort. Je me suis dit que je devais le faire maintenant".

Avec des réactions parfois opposées: "Il y a ceux qui m'ont dit : " tu as eu le courage de le faire " ; il y en a d'autres qui m'en veulent, et qui me disent même : " ce n'était pas le moment de faire ce film, parce que tu te mets en danger ". Moi je dis : " non, ce n'est pas juste mon histoire, je raconte l'histoire des milliers de gens qui se sont vus séparés de leur famille, qui ont laissé leur histoire au Burundi, qui se sont réfugiés à l'étranger et qui sont en train de galérer dans des camps de réfugiés dans des pays où ils ont demandé l'asile ". Je raconte ma souffrance personnelle, mais je me suis rendu compte que ce n'est pas juste mon histoire perso, c'est l'histoire que je partage avec beaucoup de gens. Ça vaut la peine de le faire. Pour moi, si je devais faire quelque chose qui pourrait servir à mes compatriotes, à la société burundaise, je suis prêt à y aller, je suis prêt à le faire. Mon histoire et celle de mon pays, une histoire de haine et de rupture. Longtemps j'ai eu du mal à la raconter. Mais si ces images nous manquent, un jour viendra l'oubli".

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