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© Isabelle De Beir

Orphéon – Ode à la tolérance

Orphéon de Stanislas Cotton, mise en scène de Virginie Thirion, avec Pietro Pizzuti et Alexandre Trocki.

Deux êtres que tout semble opposer, si ce n’est la rareté de leurs sobriquets –Orphéon Bilboquet et Elmer Etcetera – se rencontrent devant une toile de Bonnard, un « nu à la baignoire », une lumière sous laquelle tous deux vont faire tomber les masques. Chacun tâtonne, l’un dans l’écriture, l’autre dans la politique. L’amour vient sceller cette quête commune. Oppositions et élans de désir s’entrecroisent. L’utopisme d’Elmer cherche l’accord avec la passion d’Orphéon. La mise en scène file la métaphore musicale grâce au personnage d’Orphéon (Orphée, héros de la mythologie grecque, créateur présupposé de la cithare / orphéon : société chorale, masculine à l’origine). Des instruments à cordes ponctuent le spectacle.

L’acception de la différence ne se fait pas sans coups ni blessures. Un carré de plancher au centre du plateau prend des allures de ring. Chaque personnage est renvoyé dans les cordes, une chaise à jardin et un fauteuil à cour pour reprendre leur souffle. L’amour est don de soi. Orphéon se perd peu à peu dans Elmer. Sa volonté d’écrire se traduit alors dans le roman de leur amour. Et puis, la victoire politique d’Elmer, les honneurs, le désir d’aveu, de transparence, les fait basculer dans la triste réalité de l’ « inertie du monde ». Ode à la tolérance, au « vivre différemment » au-delà même du droit à la différence. Deux hommes peuvent-ils aujourd’hui  clamer leur amour ? L’idéalisme des deux personnages les échoue dans l’embuscade de l’intolérance, de la violence. La mort emporte l’amour d’Orphéon. Elmer est tué, ses sept agresseurs s’enfuient, le « septuor détale emportant sa musique ». La course contre le sectarisme se poursuit.

Dans le souvenir de l’être aimé, il est temps de se battre et d’écrire. Comme le disait Verlaine, « de la musique avant toute chose ». Stanislas Cotton avait écrit un monologue pour Pietro Pizzuti, dont la présence, l’engagement physique et le rapport au verbe traduisent ici un grand lyrisme. Il a modifié sa structure de discours, il a fait d’Orphéon un dialogue. Le texte gagne en densité théâtrale. Écriture poétique ciselée en résonance avec l’actualité. Les comédiens, Pietro Pizzuti et Alexandre Trocki, saisissent à plusieurs reprises le regard d’un spectateur pour nous interroger. L’amour est-il plus fort que tout ? Abolit-il les remparts des préjugés et des ignorances ? Rien n’est moins sûr. Stanislas Cotton nous invite à réfléchir et à ne pas lâcher prise. Pour construire un monde de droits et de liberté, adulte et fraternel. Une fenêtre ouverte sur le monde. À ne pas fermer.

 

Orphéon de Stanislas Cotton, mise en scène de Virginie Thirion, avec Pietro Pizzuti et Alexandre Trocki, au Théâtre Le Public à Bruxelles, du 7 septembre au 20 octobre 2012.

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Pietro Pizzuti